Journée internationale des droits des femmes 2021

A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, la STIB a décidé de mettre à l’honneur dix femmes qui ont marqué l’histoire en renommant pour une journée dix stations du réseau bruxellois. Qui sont ces femmes ? Découvrez comment elles ont laissé leur marque dans notre société.

Changer le nom d’une station pour un jour c’est sympa, mais que fait concrètement la STIB à long terme pour « féminiser » son réseau ? Sachez qu’il y a une vraie volonté de la STIB d’apporter plus d’équilibre sur son réseau. Nous avons un plan à court et à long terme afin de « féminiser » le réseau de la STIB. Mais comme c’est souvent le cas, ce n’est malheureusement pas toujours aussi simple qu’il n’y paraît et il y a de nombreux facteurs à prendre en compte. Vous pouvez tout lire à ce sujet dans la deuxième partie de ce blogpost en cliquant sur les liens d’ancrage ci-dessous :

Temps de lecture estimé : 14 minutes

Dix stations, dix portraits de femme

Simone Veil

Comment résumer la vie de Simone Veil en quelques lignes ? Magistrate et femme d’état, Simone Veil a marqué à jamais l’histoire des femmes. Engagée, elle fait adopter la loi dépénalisant l’avortement en France en 1975. Rescapée d’Auschwitz, son parcours inspirant fait d’elle l’icône de la lutte pour les droits de la femme. Première présidente du Parlement Européen en 1979, première femme ministre en 1993 ou encore illustre « Immortelles » de l’Académie française, Madame Veil  nous prouve que rien n’est trop petit pour une femme.

Simone de Beauvoir

Philosophe féministe née en 1908, Simone est connue pour son essai philosophique « Le Deuxième sexe » publié en 1949. Dans cet ouvrage, elle s’indigne de la condition de la femme et prône son émancipation. En 1954, elle gagne le prix Goncourt avec son roman « Les Mandarins » où elle dépeint la vie des Parisiens après la guerre. Simone de Beauvoir joue aussi un rôle essentiel dans les combats de Gisèle Halimi et Elisabeth Badinter pour la reconnaissance des tortures infligées aux femmes lors de la guerre d’Algérie et pour le droit à l’avortement.

Lucia de Brouckère

Née en 1904 à Saint Gilles, Lucia Florence Charlotte de Brouckère était une chimiste et professeure d’université belge. De 1930 à 1932, elle est chargée de cours à Gand et devient alors la première femme à enseigner dans une Faculté des Sciences en Belgique. C’est en 1933 qu’elle obtient son agrégation en chimie. Durant la Deuxième Guerre Mondiale (1939-1944), Lucia part pour Londres où elle participe à l’effort de guerre par la recherche appliquée. En 1944, elle prend la direction de la section Industries chimiques du Ministère des Affaires étrangères belge en exil. Elle revient en Belgique en 1945 enseigner à l’Université Libre de Bruxelles (ULB). La Haute Ecole Lucia de Brouckère rue Emile Gryson à Anderlecht porte son nom. 

Heidi Van de Vijver

Heidi Van de Vijver est une cycliste belge connue notamment pour avoir été championne de Belgique sur route en 1994 et en 1998. Elle participe deux fois aux Jeux Olympiques et gagne Le Tour Féminin en 1993. Elle termine 2 fois 3e dans La Grande Boucle Féminine. Elle a bien sûr remporté de nombreux autres palmarès de cyclisme féminin et a été sacrée trois fois championne de Belgique en contre la montre en 1999, 2000 et 2001. Heidi est aujourd’hui agée de 51 ans. [Source photo : siteducyclisme.net]

Malala Yousafzai

Malala n’a que 23 ans et elle a déjà obtenu le prix Nobel de la paix. C’était en 2014. Elle était alors âgée de 17 ans, ce qui fait d’elle la plus jeune lauréate de l’histoire de ce prestigieux prix. Militante pakistanaise, Malala s’est opposée au régime taliban.  A 11 ans, elle  dénonce au travers d’un blog pour la BBC « Journal d’une écolière pakistanaise » les violences des talibans qui tentent d’interdire la scolarité des filles.  Le 9 octobre 2012, elle reçoit une balle dans la tête. Elle survit à cette tentative d’assassinat revendiquée par les talibans. Depuis 2013, avec sa fondation, elle a à cœur de reconstruire les écoles saccagées et incendiées par le régime taliban. Nommée Ambassadrice des Nations Unies pour la paix en 2017, diplômée d’Oxford en 2020, Malala fait aujourd’hui partie des 100 personnes les plus influentes au monde selon le magazine Times.

Greta Thunberg

Faut-il encore présenter Greta Thunberg, figure emblématique de la lutte contre le réchauffement climatique ? Greta, du haut de ses 18 ans, s’est engagée à bien des niveaux depuis sa plus tendre adolescence. En 2018, alors âgée de 15 ans, elle proteste devant le parlement suédois puis enclenche un mouvement de grèves scolaires internationales pour exprimer ses idées en faveur du changement climatique. On connait aussi Greta pour son discours poignant au Sommet des Nations Unies sur l’action climatique en 2019 et son fameux « How dare you ? », « Comment osez-vous ? » repris par toute une génération.

Clémence Royer 

Clémence Royer est née en 1830 à Nantes. A la fin du 19e siècle, elle s’impose comme une figure du féminisme et de la pensée libre. Philosophe féministe et scientifique, elle est la première à avoir traduit en français « l’Origine des espèces » de Charles Darwin. Elle sera d’ailleurs connue pour avoir introduit le darwinisme en France et pour avoir largement diffusé ses idées. En 1870, elle est aussi la première femme à être admise à la Société d’anthropologie de Paris. Durant de nombreuses années, elle militera également pour l’instruction des femmes.

Clara Schumann

Clara Schumann- Wieck est l’épouse du  pianiste et compositeur Robert Schumann. Elle est l’une des rares femmes musiciennes connues au 19e siècle. Clara compose et joue du piano toute sa vie. A 11 ans, elle part en tournée internationale durant… 61 ans ! C’est elle qui fait connaitre la musique de Robert Schumann au monde entier. Plus connue que son mari au moment de leur mariage, Clara est la première à jouer les œuvres qu’il compose. On pourrait dire que sans Clara, pas de Robert. Elle passera la majeure partie de sa vie à rendre honneur à l’œuvre de son mari tout en étant elle-même reconnue.

Rosa Parks

Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, afro-américaine de 42 ans, refuse de céder sa place à un homme blanc dans le bus qui la ramène chez elle après son travail. Elle est alors arrêtée, jugée et condamnée.  Rosa fait appel de son jugement. Un jeune pasteur noir du nom de Martin Luther King appelle au boycott de la compagnie d’autobus durant 380 jours. Un an plus tard, le 13 novembre 1956 la Cour suprême des Etats-Unis déclare les lois  ségrégationnistes dans les bus anticonstitutionnelles. En novembre 1956, Rosa Parks devient une icône de la lutte pour les droits civiques. « Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever » dira d’elle le révérend Jesse Jackson.

Sainte-Gudule

Gudule de Moortsel,  la doyenne de notre série est née en 646. Elle est la sainte patronne de Bruxelles au côté de Saint Michel. Ensemble, ils donnent leur nom à la Cathédrale de Bruxelles érigée non loin de la Gare Centrale. Elevée par sa tante Sainte Gertrude de Nivelle, l’histoire raconte que Gudule avait une lanterne que le Diable éteignait pour la perdre sur le chemin qui la menait dès l’aube à l’église pour y prier pour les plus démunis. Un ange lui était alors envoyé pour rallumer sa flamme. Gudule décède en 714 à Moortsel. Sa dépouille est ramenée à Bruxelles par Charles de Loraine. On fête Gudule le 8 janvier.

Que fait la STIB ?

Maintenant que nous en savons un peu plus sur le destin de ces femmes remarquables, revenons-en à la STIB. Comment va-t-elle assurer une meilleure représentation des femmes au sein du réseau bruxellois ? On vous explique tout.

Tout d’abord, il est important de souligner que la STIB a une vraie volonté de féminiser progressivement son réseau. Chaque fois qu’une opportunité se présente, comme une nouvelle ligne ou un éventuel changement de nom, la STIB examine la possibilité de choisir un nom de femme.

Ce changement est déjà en cours. Par exemple, en 2019, nous avons rebaptisé l’arrêt « Drie Bomen » en « Jeanne Herreman », l’une des premières conductrices de tram à la STIB. Et au début de 2021, nous avons rebaptisé l’arrêt « Forestoise » de la ligne de bus 48 en « Gatti de Gamond », en l’honneur d’une féministe belge, fondatrice d’écoles secondaires pour filles.

Changer le nom d’un arrêt est moins évident qu’on pourrait le croire. Voici pourquoi.

Chien Vert

Commençons par les arrêts dits « de surface ». La STIB a une autonomie complète pour nommer ces arrêts de bus et de tram, contrairement aux noms des stations, où ce choix revient au ou à la  ministre bruxellois(e) de la Mobilité. Nous y reviendrons en fin d’article.

Pour comprendre pourquoi il y a un tel déséquilibre entre le nombre d’arrêts avec un nom masculin et le nombre d’arrêts avec un nom féminin, il faut comprendre la logique que la STIB utilise pour définir ses noms d’arrêt.

Celle-ci est simple : lorsqu’on choisit le nom d’un arrêt, le premier (et le plus important) critère à prendre en compte est que le voyageur puisse s’y retrouver facilement. Le nom doit donc, de préférence,  évoquer immédiatement le lieu où se trouve le voyageur. La meilleure façon d’y parvenir est de choisir le nom d’une rue avoisinante.

Par exemple, de nombreux arrêts portent le nom de fleurs parce qu’ils sont situés dans une rue portant un nom de fleur. Un exemple est l’arrêt Azalées, nommé d’après le rond-point des azalées situé à proximité. D’autres possibilités sont les noms de place, de station de métro ou de train proches de cet arrêt. Ou encore un monument ou un lieu public.


Un exemple parmi tant d’autres, c’est l’arrêt « Chien Vert » sur la ligne du 39-44 qui a été nommé comme cela pour faire référence à une statue de bronze (représentant un chien vert, qui se situe désormais au Parc du Cinquantenaire) et d’une auberge du même nom sur l’avenue de Tervueren (nous vous en parlions lors d’une de nos vidéos « Découverte de lignes »). Ou encore Arts-Loi qui se situe près de la rue de la Loi. Vous avez saisi l’idée.

Une histoire de clarté

La situation géographique est donc de loin le critère le plus important. Et si ce n’était pas le cas ? Il faudrait alors publier tout un manuel sur notre réseau pour expliquer que – à titre d’exemple fictif – l’arrêt Marie Curie est situé rue Antoine Dansaert. Ce ne serait pas très pratique !

Ainsi beaucoup de nos noms d’arrêts sont neutres mais beaucoup aussi portent des noms masculins car peu de rues à Bruxelles portent des noms de femmes.

A l’époque où ces noms ont été choisis, la société était indifférente. Les femmes n’avaient alors pas de rôle dans la  société, contrairement à aujourd’hui. C’étaient les hommes qui prenaient les décisions et évidemment ils choisissaient… des noms d’hommes ! De ce fait, il est « historiquement » établi qu’il y a 14 fois plus de noms de rue masculins que des noms de rue féminins à Bruxelles.

La première solution et la plus logique serait donc de d’abord changer les noms des rues et des places, après quoi la STIB pourrait changer le nom de ses arrêts. Les communes bruxelloises et la Région ont bien l’intention de modifier cela, mais il s’agit d’un projet à long terme. Changer le nom d’une rue a beaucoup de conséquences, entre autres pour les habitants qui doivent alors changer d’adresse et en informer les différentes autorités et institutions. Cela peut représenter des dizaines d’actes administratifs.

De savants calculs

Maintenant que vous en savez plus sur le comment et le pourquoi, venons-en aux actions concrètes.  Afin d’examiner les possibilités de féminiser ses noms d’arrêts, la STIB a mené une analyse approfondie. Sur base des données du site Equalstreetnames.brussels, nous avons répertorié 138 noms de rue faisant référence à une figure féminine  à Bruxelles.

Sur ces  138 noms, 28 sont déjà utilisés sur notre réseau, 14 constituent des doublons avec des arrêts existants (ex : Marie-José à Ixelles, et Marie-José à Woluwé-Saint-Lambert) et 68 peuvent prêter à confusion (ex : place Marie Janson à Saint Gilles et l’arrêt de tram Janson aussi à Saint Gilles). Il nous reste donc 28 noms de rues susceptibles d’être utilisés pour nommer ou renommer des arrêts qui se situeraient à proximité, en respectant la logique topographique que nous venons de vous expliquer.

Concrètement

En 2021, nous allons commencer par introduire 7 nouveaux noms de femmes sur notre réseau et poursuivrons cette initiative en 2022 et 2023.

Le 19 avril 2021 deux nouveaux arrêts seront inaugurés :

  • Clémence Everard choisi comme terminus de la nouvelle ligne de bus 74. Clémence Everard est la première femme diplômée en médecine, chirurgie et obstétrique en Belgique. Cette même ligne de bus comptera également un arrêt Marie Curie à Anderlecht, près de la place Marie Curie.
  • Rosa Parks donnera sonnom à l’ancien arrêt Parc situé rue du gentilhomme et desservant les lignes de bus 63, 65 et 66. Rosa Parks est une militante afro-américaine qui s’est battue pour les droits civiques.

Le 1er septembre 2021, cinq nouveaux arrêts porteront des noms de femmes :

  • Madeleine sur  la nouvelle ligne de bus 52, dont l’arrêt est situé près de la rue et de la chapelle du même nom au centre-ville.
  • Audrey Hepburn remplacera l’arrêt Demunter sur les lignes de bus 13 et 88. Audrey Hepburn est une actrice britannique née à Bruxelles. Elle fut  également ambassadrice de l’UNICEF.
  • Marguerite Duras remplacera l’arrêt Ypres sur la ligne de tram 51. La célèbre écrivaine et romancière auteur de « l’Amant » donne aussi son nom à une place située à proximité de cet arrêt.
  • Marie Depage remplacera l’arrêt Stallaert sur la ligne de bus 60. Marie Depage était infirmière. Elle est surtout connue pour avoir soigné des blessés pendant la Première Guerre mondiale. La rue Marie Depage se situe à proximité.
  • Marie-Christine remplacera Outre-Ponts sur les lignes de tram 62 et 93. Marie-Christine  était archiduchesse de Habsbourg et l’une des sœurs de la Marie-Antoinette. L’arrêt se trouve à proximité de la rue commerçante du même nom à Laeken.

En 2022 et en 2023, nous changerons encore 10 autres noms d’arrêt.


Qu’en est-il des stations ?

La situation est différente pour les stations de métro. Ici, c’est le/la ministre bruxellois(e) de la Mobilité qui a le dernier mot, en concertation avec la STIB. Là aussi, il y a une volonté de féminisation. Malheureusement, il est très compliqué de changer le nom d’une station existante. D’une part cela nécessite de nombreuses modifications, non seulement au niveau plans du réseau mais aussi des véhicules, des stations et des afficheurs de temps d’attente. De plus, les stations constituent des points de repères importants dans la ville, qui s’étendent à tous les quartiers environnants et ne concernent pas que les usagers du métro. Quel que soit le moyen de transport, on a l’habitude de dire que l’on se rend à Delta, Yser ou Merode. A propos de Merode, saviez-vous que ce nom fait en réalité référence à une femme ? Merode fait en effet référence à la Princesse Jean de Merode, fondatrice de l’œuvre nationale des invalides de guerre et dont un petit square situé près de la station porte également le nom.

Dans le cadre de la mise en service de la ligne de métro 3, une réflexion est en cours par rapport aux noms des nouvelles stations, mais aussi de celles qui seront rénovées comme la station Lemonnier. Mais nous y reviendrons.

Vous voulez en savoir plus ? N’hésitez pas à lire notre billet de blog « Le réseau de la STIB au féminin » que nous avons écrit en 2020 à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme. Vous pouvez y lire plus sur les femmes de notre réseau.